DATES :
Samedi 13 et dimanche 14 décembre
Samedi 13 et dimanche 14 décembre
ANNÉE 2025
Les entretiens de l’APF
FIAP - Jean Monnet
30, rue Cabanis, 75014 Paris
30, rue Cabanis, 75014 Paris
Conférenciers : André Beetschen, Jean-François Chiantaretto (Quatrième Groupe-OPLF), Alejandro Rojas-Urrego
Discutants : Didier Houzel, Brigitte Chervoillot Courtillon, Olivia Todisco
Discutants : Didier Houzel, Brigitte Chervoillot Courtillon, Olivia Todisco
Solitudes
La solitude est un territoire. C’est une expérience existentielle, vertige de soi, miroir sans tain tendu à la subjectivité. En psychanalyse, la solitude n’est pas seulement un fait : elle est mouvement.
Il y a, d’abord, la solitude primitive – celle de l’enfant qui découvre que l’autre n’est pas toujours là, que le sein ne répond pas immédiatement à la faim, que le monde ne comble pas. Cette première expérience fonde le manque et, avec lui, le désir. Être seul, c’est d’abord découvrir que l’on est séparé. C’est le prix de l’individuation, mais aussi la naissance du manque comme moteur de vie.
Chez Freud, la solitude surgit au creux du lien : dans la perte de l’objet, l’absence, le deuil. Elle peut glisser vers la mélancolie, où le sujet ne perd pas seulement l’autre, mais une part de lui-même. L’autre n’est plus perdu au-dehors ; il est introjecté, et c’est cette présence intérieure devenue insupportable qui ravage le moi. Dans cette forme extrême, la solitude devient tombeau.
Chez Winnicott, la solitude devient la sécurité. La « capacité à être seul » n’est possible que si l’environnement a été suffisamment bon. Être seul ne signifie plus être abandonné, mais être en présence de soi, de ses pensées, de ses rêveries. Dans cet espace, la solitude devient matrice : elle enfante l’imaginaire, le jeu, la création. Déjà chez Melanie Klein, la solitude s’éprouve comme une douleur sourde, née des angoisses primitives, des déchirures du clivage et du lent travail d’intégration du psychisme. « Se sentir seul » surgit du deuil de l’objet idéal perdu et de l’inévitable affrontement avec la réalité intérieure.
On peut distinguer plusieurs types de solitudes. Il y a celle, sèche, du repli, où l’on se barricade pour ne pas être touché. Celle, humide, de l’attente, où l’on espère un signe, un retour, un regard. Celle, féconde, du silence, où quelque chose travaille en soi, à l’abri du tumulte. Il y a aussi la solitude des créateurs, des contemplatifs, des amants séparés, mais reliés par l’absence. Toutes ces formes disent un rapport au monde, à l’autre, à soi-même.
L’analyste quant à lui est silencieux, présent sans s’imposer, absent sans fuir. S’il est seul dans l’attente d’un surgissement, d’un écart, d’un lapsus qui révèle, sa neutralité n’est pas froideur, mais solitude habitée. Une solitude qui s’origine de son renoncement à savoir, de la suspension de son propre désir pour laisser parler celui de l’analysant.
Dans les cliniques d’aujourd’hui, la solitude prend parfois des allures nouvelles : hyperconnexion mais isolement profond, avatars numériques et corps désertés. Le sujet est entouré, mais seul, regardé, mais non vu. C’est une solitude saturée de présence vide, qui ne laisse pas de place à l’autre véritable.
Pourtant, il y a une solitude qui sauve, celle où l’on se laisse traverser par l’absence. C’est là que réside une forme de liberté.
Il y a, d’abord, la solitude primitive – celle de l’enfant qui découvre que l’autre n’est pas toujours là, que le sein ne répond pas immédiatement à la faim, que le monde ne comble pas. Cette première expérience fonde le manque et, avec lui, le désir. Être seul, c’est d’abord découvrir que l’on est séparé. C’est le prix de l’individuation, mais aussi la naissance du manque comme moteur de vie.
Chez Freud, la solitude surgit au creux du lien : dans la perte de l’objet, l’absence, le deuil. Elle peut glisser vers la mélancolie, où le sujet ne perd pas seulement l’autre, mais une part de lui-même. L’autre n’est plus perdu au-dehors ; il est introjecté, et c’est cette présence intérieure devenue insupportable qui ravage le moi. Dans cette forme extrême, la solitude devient tombeau.
Chez Winnicott, la solitude devient la sécurité. La « capacité à être seul » n’est possible que si l’environnement a été suffisamment bon. Être seul ne signifie plus être abandonné, mais être en présence de soi, de ses pensées, de ses rêveries. Dans cet espace, la solitude devient matrice : elle enfante l’imaginaire, le jeu, la création. Déjà chez Melanie Klein, la solitude s’éprouve comme une douleur sourde, née des angoisses primitives, des déchirures du clivage et du lent travail d’intégration du psychisme. « Se sentir seul » surgit du deuil de l’objet idéal perdu et de l’inévitable affrontement avec la réalité intérieure.
On peut distinguer plusieurs types de solitudes. Il y a celle, sèche, du repli, où l’on se barricade pour ne pas être touché. Celle, humide, de l’attente, où l’on espère un signe, un retour, un regard. Celle, féconde, du silence, où quelque chose travaille en soi, à l’abri du tumulte. Il y a aussi la solitude des créateurs, des contemplatifs, des amants séparés, mais reliés par l’absence. Toutes ces formes disent un rapport au monde, à l’autre, à soi-même.
L’analyste quant à lui est silencieux, présent sans s’imposer, absent sans fuir. S’il est seul dans l’attente d’un surgissement, d’un écart, d’un lapsus qui révèle, sa neutralité n’est pas froideur, mais solitude habitée. Une solitude qui s’origine de son renoncement à savoir, de la suspension de son propre désir pour laisser parler celui de l’analysant.
Dans les cliniques d’aujourd’hui, la solitude prend parfois des allures nouvelles : hyperconnexion mais isolement profond, avatars numériques et corps désertés. Le sujet est entouré, mais seul, regardé, mais non vu. C’est une solitude saturée de présence vide, qui ne laisse pas de place à l’autre véritable.
Pourtant, il y a une solitude qui sauve, celle où l’on se laisse traverser par l’absence. C’est là que réside une forme de liberté.