Si la psychanalyse ne procure pas une vision du monde*, elle n’en est pas moins dépendante des évènements de ce monde. Partie prenante de la culture, consciente de son malaise actuel source d’angoisse et de détresse, elle est réceptive aux bouleversements sociétaux, à la montée en puissance du virtuel et de l’IA, au pouvoir accru des influences et leur lot de croyances, à l’emprise des plus forts au détriment de la justice, aux traumatismes liés aux guerres et aux violences sexuelles, mais aussi à ceux liés au dérèglement climatique. Face à ce flot de barbarie humaine que le progrès engendre et ne peut enrayer, la psychanalyse engage une pensée clinique et historisante, où sa pratique actuelle sollicite des approches théoriques renouvelées et où le sujet humain peut trouver des formes de lutte et de vie psychique ressourcées par Éros, face au déshumain qui mine la vie en société. Sa force spécifique est sans doute de proposer des possibilités d’écoute et de représentation à ces évènements du monde, en tentant de cerner au plus près les résidus refoulés et clivés de la vie psychique individuelle et collective pour leur permettre un travail d’élaboration et de civilisation.
En attestent les thèmes retenus pour nos journées scientifiques : que ce soit celui de L’excès qui identifie l’humain jusque dans ses errements les plus destructeurs et dans l’assouvissement effréné de ses passions, où les effets des clivages l’emportent sur ceux des refoulements ; que ce soit dans son assujettissement aux effets de suggestion et d’influence où se perd la vérité, avec le thème de La suggestion ; que ce soit dans la haine meurtrière qui toujours l’assaille avec sa violence originaire au détriment de l’amour, avec le thème de La haine ; que ce soit avec la compulsion de répétition dont la force entraine au-delà du principe de plaisir, avec le thème de la répétition ; que ce soit aussi avec l’inflation du narcissisme au détriment des pulsions altruistes, avec le thème travaillé au CPLF, Narcisse, Éros et l’emprise.
Ce travail de subversion opéré par la psychanalyse, de transformation des forces d’auto anéantissement vers des buts civilisateurs, ne va pas sans un autre travail, celui de transmettre sans relâche ce qui de l’expérience de l’inconscient, tente de libérer l’humain de ses aliénations les plus destructrices.
Brigitte Eoche-Duval, présidente de l’APF,
Septembre 2026
* S.Freud ( 1933 a) « D’une vision du monde », 35ème leçon de la nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse, OCF, Puf.